Patrimoines
La Roque (ou château des Anglais) d'Autoire
En Quercy, les roques désignent des châteaux troglodytiques construits sur des plateformes rocheuses à flanc de falaise. On retrouve plusieurs fortifications semi-troglodytiques dans les vallées calcaires du Lot et du Célé, comme à Brengues ou Laroque-des-Arcs. Certaines accueillaient de véritables demeures seigneuriales, tandis que d’autres, plus modestes comme la roque d’Autoire, constituaient plutôt la représentation d’un pouvoir seigneurial servant ponctuellement de refuge à la population.
La dénomination « château des Anglais » est plus récente et assez courante en Haut-Quercy pour désigner ce type de fortification perchée. Les historiens du Quercy ont souvent attribué à tort ces constructions aux Anglais, lorsque le Quercy dépendait du roi d’Angleterre au cours de la guerre de Cent Ans.
Vue du village et de la Roque d'Autoire
La Roque d'Autoire
La Roque d'Autoire.
La forteresse d’Autoire tire parti du relief naturel de la falaise. Elle est composée d’ouvrages maçonnés de fortification et d’habitation qui s’adaptent à la configuration de la paroi rocheuse. La roque était occupée sur plusieurs niveaux. La construction principale est ce que l’on désigne communément par le « château des Anglais ». Celle-ci dominait une petite agglomération en terrasses dont il ne reste que de rares vestiges.
Les constructions encore en élévation reflètent une occupation du site qui s’étire sur plusieurs centaines de mètres, entre le 13e et le 16e siècle.
La première apparition de la roque d’Autoire dans les archives remonte à 1259 : Hugues de Castelnau, seigneur de Gramat, rend hommage à Alphonse de Poitiers pour différentes possessions, notamment à la « roca » d’Autoire. D’après l’étude des vestiges encore en élévation, on peut dater les constructions du second quart du 13e siècle, donc peu de temps avant l’hommage d’Hugues de Castelnau. Toutefois, il est possible que le site ait été occupé plus tôt, par des constructions de bois disparues. Les plus anciennes roques connues apparaissent dans les archives à partir du 10e siècle.
Le "château des anglais"
Château des anglais, Autoire.
La tour primitive
L’édifice le plus ancien est une tour rectangulaire de la première moitié du 13e siècle. Elle abrite trois niveaux, construits avec beaucoup de soin. Des alignements de pierres en saillie sur la façade intérieure des murs indiquent l’existence de planchers entre les différents niveaux. Les attributs défensifs et symboliques de cette tour, qui ne servait pas d’habitation, la rapprochent des tours-beffrois du 13e siècle.
Le logis
Au nord de la tour, on a accolé un bâtiment de deux étages. Il s’agit certainement d’un logis car il est équipé d’éléments de confort propres à une occupation résidentielle : une cheminée au rez-de-chaussée et des latrines au premier étage. Construit vers la fin du 13e –début 14e siècle, ce logis a été remanié par la suite au 15e ou 16e siècle. On peut reconnaître ces deux phases à la maçonnerie des murs : des blocs de pierre bien taillés posés en assises régulières pour les parties anciennes, et des blocs plus hétérogènes en assises moins régulières pour la période suivante.
À cette époque, on construit également une tour d’escalier pour desservir les étages de la tour primitive, au sud. Aujourd’hui, cette tour est dépourvue de marches dont on voit les traces d’arrachement. Celles-ci ont dû être déposées et emportées ailleurs. Cette tour d’escalier participait également à la défense du site avec une terrasse couronnée de mâchicoulis.
Logis vu de l'intérieur
Tour d'escalier avec ses vestiges de mâchicoulis en encorbellement
D'importants travaux en 2013
En 2013, le château des anglais a été intégralement restauré par le Département du Lot. Un chantier titanesque à flan de falaise, pour lequel il a fallu trouver le moyen d'acheminer les matériaux et de monter des échafaudages.
Les murailles
Vestige de muraille
Des morceaux de murailles disséminés à différents niveaux aux alentours du château rendent compte du système défensif construit et consolidé à travers les époques. Ces murs se raccrochent au rocher et leur maçonnerie permet également de les dater de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne.
En 2022, ces murailles à flan de falaise ont fait l'objet d'un chantier de restauration spectaculaire avec l'intervention d'un hélicoptère et de cordistes.
Ces lignes de défense protègent notamment une grotte, qui a pu servir de refuge, et peut-être même d’accès au plateau par une cheminée naturelle.
Grotte fortifiée, Autoire.
Les habitations
Une communauté vivait aux abords du château. En 1908, l’archéologue Armand Viré a identifié les vestiges de 22 maisons carrées bâties en pierres sèches, étagées en terrasse en contrebas de la tour. Les restes de murs de ces maisons ont peu à peu disparu. Aujourd’hui, on n’observe plus que quatre de ces constructions, dont une seule est encore bien conservée. Elle est adossée à la falaise qui constitue le mur du fond de la maison. Sa construction soignée en blocs de calcaire est caractéristique de l’époque médiévale. Elle est dotée de deux portes, dont une donnant sur le vide. Un trou d’encastrement près de cette dernière laisse supposer l’existence d’une extension en bois en encorbellement.