Patrimoines
Le mémorial départemental de la Résistance et de la Déportation
La plupart des lotois ont déjà remarqué ce « pylône », dressé entre la départementale et l’autoroute à Lamothe-Cassel. Mais très peu connaissent véritablement ce monument, pourtant chargé d’histoire et de symboles. Partons à la découverte de ce lieu méconnu.
La création du mémorial départemental de la Résistance et de la Déportation
Ce monument est le mémorial départemental de la Résistance et de la Déportation. Il a été édifié à Lamothe-Cassel en raison de sa position à la fois centrale dans le département et en hauteur, ce qui lui confère une forte visibilité. L’architecte Guy Manville, à qui l’on doit cette réalisation, a d’ailleurs nommé son œuvre « le Signal », soulignant sa vocation à être vu de loin et à marquer durablement le paysage comme les esprits.
Mémorial départemental de la Résistance et de la Déportation à Lamothe-Cassel (Lot)
Préparation de la cérémonie 2026 au mémorial départemental.
Construction du mémorial départemental
Le mémorial est le fruit d’une initiative collective lancée en 1980, avec la création du Comité départemental du Mémorial de la Résistance et de la Déportation. Celui-ci réunit l’ensemble des mouvements de Résistance du Lot, malgré leurs divergences et oppositions politiques. Il associe également des représentants des maquis des départements voisins, ainsi que des Alliés ayant combattu dans le Lot.
Le comité est présidé par Maurice Faure, alors député maire de Cahors et président du conseil général du Lot. Le secrétariat général est assuré par Robert Noireau alias « Colonel Georges » dans la Résistance.
L’objectif du comité est d’ériger un monument destiné à « commémorer le souvenir de l’élan patriotique et de l’esprit de sacrifice dont témoignèrent spontanément, de 1940 à 1944, l’ensemble de nos compatriotes et que certains soutinrent jusqu’au sacrifice de leur vie ».
Le financement du mémorial, qui aura coûté au total 840 000 francs, repose sur la mobilisation de très nombreux acteurs : le Conseil général, mais aussi la quasi-totalité des communes du Lot et près de 1 000 donateurs privés. Des collectes menées par d'anciens résistants et déportés sont également venues compléter le financement.
Le mémorial départemental : un monument et une oeuvre d'art
Le monument, réalisé par l'architecte lotois Guy Manville, est composé de trois pylônes prismatiques en béton armé d’une hauteur de 22 mètres. Ceux-ci sont ornés de bas-reliefs figuratifs en grès émaillé, hauts de 6 mètres, réalisés par le sculpteur cadurcien René Fournier et Jacques Thievaud de l'entreprise « Céramique Quercy ». Chaque face porte un motif distinct : une flamme du souvenir assimilée à un drapeau tourné vers Cahors, le profil d’un homme et celui d’une femme, tous deux inscrits dans des feuilles de chêne, symbole du maquis lotois.
Bas-reliefs en grès émaillé ornant le mémorial : la flamme du souvenir à gauche et un visage avec une feuille de chêne à droite.
Bas-relief en grès émaillé ; chaque pièce est numérotée.
Au sommet comme à la base du noyau central apparaît un caisson rouge foncé. Dans sa partie inférieure, sous les fresques, ce bloc porte sur chacune de ses faces un triangle rouge, symbole des déportés politiques, avec en son centre la lettre « F » pour « Frankreich », désignant les prisonniers français.
En avant du monument, une dalle de calcaire, indépendante, porte une strophe de Paul Éluard : « Si l’écho de leur voix faiblit nous périrons ».
Feuille de chêne, symbole du maquis lotois.
Caisson rouge foncé orné d'un triangle rouge avec en son centre la lettre « F » pour « Frankreich ».
Emplacement de l'ancienne table d'orientation.
Le site est aménagé comme un véritable espace de mémoire. Autour du mémorial, des aménagements paysagers ont été réalisés, notamment une plateforme installée sur un château d’eau servant de table d’orientation aujourd’hui disparue. Celle-ci indiquait les emplacements des maquis dans le département. Sur cette bute, en partie inférieure, est implanté un bloc de béton comportant les inscriptions Résistance et Déportation avec les dates 39-45.
Bloc de béton comportant les inscriptions "Résistance et Déportation" avec les dates "39-45".
Les évolutions du monument
Le projet initial prévoyait l’installation d’une flamme du souvenir au centre du monument, destinée à être ravivée régulièrement, mais cet élément n’a jamais été réalisé. Dans les années 2000, la croix de Lorraine originellement fixée au pylône en hauteur à pris la place de cette flamme au centre du monument.
Deux plaques en marbre blanc ont été installées sur le pylône en 2009 par l’association du Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération du Lot. L’une rend hommage aux lotois morts lors des combats de la Résistance, de la Libération et en Déportation, tandis que l’autre en recense les victimes. Ces chiffres ne sont désormais plus à jour.
Croix de Lorraine et plaques commémortatives appposées à la base du monument.
Un lieu de commémoration
L’inauguration du mémorial, le 9 mai 1982, constitue un événement majeur, rassemblant près de 5 000 personnes. Elle se déroule en présence de très nombreuses personnalités telles que le ministre de la Défense Charles Hernu, Maurice Faure, Gaston Monnerville, Martin Malvy, le président de la région, le préfet du Lot, ainsi que les consuls généraux de Grande-Bretagne et des États-Unis et l’attaché militaire de l’Union soviétique en France. Toutes les grandes figures de la Résistance lotoise sont naturellement présentes. Cette cérémonie donne lieu à de nombreux évènements tels qu’un défilé militaire, une course de relais pour les jeunes lotois, et en marge une manifestation pour la paix.
Inauguration du monument en 1982.
Par tradition, depuis son inauguration le Département du Lot organise une cérémonie commémorative le 8 mai à 18h00.
Cérémonie du 8 mai 2026.